Un article récent de CBC News examinait la mise en œuvre du dépistage obligatoire des compétences en lecture et en calcul en début de scolarité en Alberta et comprenait les commentaires de la directrice des affaires académiques de Dyslexie Canada, la Dre Una Malcolm. Cet article reflète un débat national croissant sur le dépistage précoce de la lecture et, surtout, sur la façon dont les exigences en matière de dépistage sont mises en œuvre et soutenues dans les classes.
Dyslexie Canada défend ardemment le dépistage universel et précoce des difficultés de lecture, qu’elle considère comme un élément essentiel de sa mission. Le dépistage est une composante indispensable d’un système d’alphabétisation efficace et équitable, et une étape cruciale pour identifier rapidement les risques individuels et systémiques, permettant ainsi d’adapter l’enseignement avant que les difficultés de lecture ne s’installent durablement.
Cette position est fondée sur les droits d’humains des étudiants. Trois commissions provinciales des droits de la personne, dans le cadre d’enquêtes publiques sur les politiques et les pratiques en matière d’alphabétisation, ont explicitement identifié le dépistage précoce universel de la lecture comme l’une des mesures nécessaires pour respecter le droit des élèves à apprendre à lire. Le dépistage et la prise de décision basée sur les données, ainsi que l’enseignement en classe fondée sur des données probantes, une intervention rapide et un apprentissage professionnel et un soutien au personnel enseignant sont des éléments clés d’un système conçu pour prévenir l’échec en lecture plutôt que d’y répondre après coup.
Les résultats récents d’une enquête du gouvernement de l’Alberta sur l’alphabétisation et la numératie chez les jeunes enfants soulignent l’importance d’envisager la mise en œuvre d’un dépistage systématique. Cette enquête, à laquelle ont répondu plus de 3 500 personnels enseignants et responsables de l’éducation, met en lumière des préoccupations quant à la façon dont le dépistage est effectué et soutenu dans les écoles albertaines. Les personnels enseignants ont fait état d’exigences de temps considérables, d’un accès inégal aux ressources et de difficultés à utiliser les données de dépistage de manière pertinent pour l’enseignement.
La mise en œuvre est essentielle, car le dépistage ne doit pas se limiter à une simple formalité. Le dépistage précoce de la lecture n’a pas pour seul but d’identifier les élèves susceptibles d’avoir besoin d’un soutien supplémentaire. Son rôle principal est d’orienter l’enseignement fondamental en classe, la base de la prévention des difficultés de lecture et d’un accès équitable à une solide maîtrise de la littératie. Les données de dépistage devraient aider les personnels enseignants à comprendre les tendances de développement des compétences dans leurs classes, à adapter leurs interventions pédagogiques et à prévenir l’apparition des difficultés de lecture. Lorsque ces données sont directement intégrées à l’enseignement, elles bénéficient à tous les apprenants.
Les personnels enseignants jouent un rôle essentiel dans ce travail. Ils administrent les tests de dépistage, interprètent les résultats, planifient l’enseignement et assurent à la fois l’enseignement en classe et les interventions nécessaires. L’enquête menée en Alberta suggère que de nombreux personnels enseignants accomplissent ce travail sans avoir un accès régulier au soutien dont ils ont besoin. Bien que certains personnels enseignants parviennent à administrer le dépistage avec l’aide d’un personnel enseignant suppléant ou de personnel supplémentaire, cela ne semble pas être la norme dans les classes albertaines.
D’autres provinces ont adopté des approches différentes. En Ontario, par exemple, les personnels enseignants sont systématiquement remplacés par un personnel enseignant suppléant durant la période de dépistage en début d’année. Ce temps protégé tient compte à la fois de la complexité du dépistage et de l’importance d’utiliser judicieusement les résultats pour orienter l’enseignement.
L’enquête met également en lumière une préoccupation majeure concernant la charge de travail. Plus de la moitié des répondants ont indiqué continuer à recueillir les données du système d’évaluation Fountas et Pinnell, en plus des mesures de dépistage exigées par la province. Ces évaluations sont obsolètes, manquent de fiabilité et de validité pour produire des données dignes de confiance et ne fournissent pas d’information exploitable pour optimiser l’enseignement des compétences fondamentales en lecture. Lorsque le dépistage fondé sur des données probantes s’ajoute à des pratiques d’évaluation obsolètes, il en résulte une augmentation de la charge de travail, des données contradictoires et confuses, et une réduction de la capacité à se concentrer sur l’enseignement et le soutien aux élèves. Une mise en œuvre efficace exige non seulement d’ajouter ce qui fonctionne, mais aussi d’abandonner les pratiques qui ne servent plus les personnels enseignants ni les élèves.
L’enquête menée en Alberta soulève d’importantes questions quant à la mise en œuvre concrète du dépistage. Il ne s’agit pas de remettre en cause la valeur du dépistage en lui-même. Le dépistage demeure une composante essentielle et fondée sur des données probantes des systèmes d’alphabétisation précoce, et un élément clé d’une éducation équitable et respectueuse des droits de la personne. Le défi consiste à veiller à ce que les personnels enseignants disposent du temps, des ressources et du soutien pédagogique nécessaires pour utiliser efficacement les données de dépistage.
C’est en aidant les personnels enseignants de l’Alberta à intégrer les données de dépistage à l’enseignement et aux interventions que l’impact sera le plus important. Lorsque le dépistage est mis en œuvre dans les conditions appropriées, il renforce les pratiques en classe et favorise de meilleurs résultats pour tous les élèves.